Mimèsis

Mimèsis se présente comme un ensemble de fragments d’un monde perdu.
Non pas un monde historiquement localisable, mais un monde de l’image elle-même : celui des savoirs visuels anciens, des encyclopédies incomplètes, des atlas fragmentaires, des planches de naturalistes où le regard tentait encore de retenir le réel avant sa disparition.

La série convoque une mémoire visuelle lacunaire, faite d’emprunts et de réminiscences. Les formes semblent issues d’archives incertaines, comme si elles avaient été extraites de livres effacés, de classifications oubliées, de rêveries savantes plus que de savoirs stabilisés. Rien n’y est affirmé comme vérité : tout y apparaît comme reste, comme survivance fragile d’un regard ancien sur le monde.

L’image, dans Mimèsis, n’est jamais stable. Elle vacille, s’amenuise, se dissout parfois dans sa propre apparition. Ce qui est donné à voir ne s’impose pas immédiatement ; cela revient, lentement, comme une image qui hésite à se former. Chaque gravure se tient dans cet état précaire : à la fois apparition et disparition, présence insistante et effacement imminent.

Cette instabilité produit un entre-deux temporel. Les figures ne relèvent ni du passé reconstitué ni du présent immédiat. Elles semblent appartenir à un temps suspendu, un temps de la mémoire plus que de l’histoire, où les formes persistent sans certitude, comme si elles pouvaient s’éteindre à tout moment. L’image ne documente pas un monde : elle en garde la trace, tout en signalant sa perte.

Mimèsis n’imite pas la nature ; elle réactive une manière ancienne de regarder, tout en en montrant la fragilité. La ressemblance n’est jamais une coïncidence parfaite, mais une tension : ce qui ressemble est aussi ce qui s’éloigne. L’image devient alors le lieu d’une survivance — non pas la conservation intacte d’un modèle, mais la persistance imparfaite d’une forme menacée.

Dans un présent saturé d’images nettes, immédiates, exhaustives, Mimèsis propose une autre économie du visible. Une image qui accepte de ne pas tout dire, de ne pas tout montrer, et qui fait de sa fragilité même la condition de sa persistance. Ce qui demeure n’est pas le monde représenté, mais le geste de le retenir encore — un instant de plus.

Mimèsis Volume IV

Gravures & Tirages - 35 x 45 cm, 2022–2026

Mimèsis Volume III

Gravures & Tirages - 35 x 45 cm, 2022–2026

Mimèsis Volume II

Gravures & Tirages - 35 x 45 cm, 2022–2026

Mimèsis Volume I

Gravures & Tirages - 35 x 45 cm, 2022–2026

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